C'est sans doute le seul article à ce sujet que je mettrai sur mon blog. Après tout, avouons-le, ce n'est pas un sujet très joyeux. Mais ça fait un petit moment que ça me trottait dans la tête de mettre les choses au point, car je trouve que les gens en général ont une vision altérée du deuil.
Environ 4 mois après la mort de ma mère, des amis sont venus nous visiter mon père et moi. Nous avons discuté de choses banales, du soleil, de nos amis, de la famille, des dernières nouvelles, le mariage des uns, l'heureux évènement des autres. Après quelques heures plaisantes, l'un de nos amis, voyant ma bonne humeur, m'a demandé "Laura, tu penses que tu as fait ton deuil?" Cette question était assez intrigante, je n'en avais pas la moindre idée. On m'avait parlé des étapes du deuil, et comme je me sentais d'humeur à accepter la mort de ma mère ce jour là, j'ai répondu "je crois que oui".
Depuis j'ai eu un peu le temps de potasser ce qu'étaient ces fameuses étapes, et j'en ai maintenant ma propre opinion, que je vais partager avec vous. Mais d'abord, voici les étapes que j'ai trouvé communes à toutes mes recherches. Elles reposent sur 5 points
Le déni:
C'est la 1ère étape du processus du deuil. Elle intervient souvent après une courte étape (le "choc" de l'annonce, ou la "sidération"). La personne ne réagit pas face à l'annonce et rejette l'information. Pour ceux qui ont eu le temps de se préparer à la disparition d'un proche, cette étape est peu perceptible. Cette étape a lieu en général lors des obsèques. La personne mobilise une énergie considérable pour fuir sa souffrance et s'occuper pour ne pas penser.
Exemple de propos tenus et de réactions: "Ce n'est pas possible, ce n'est pas vrai, etc", préserver la chambre du disparu intacte, continuer à mettre son assiette à table, etc.
La colère:
Peut survenir très peu de temps après l'annonce du décès. Toutes les émotions retenues pendant le déni surgissent (révolte, injustice, amertume). La plupart du temps, c'est le sentiment d'abandon qui se dégage. La personne a besoin de trouver une cible sur qui rejeter sa colère. C'est en exprimant sa colère qu'elle pourra passer aux étapes suivantes.
Exemples de propos: "Pourquoi m'a-t-il fait ça? Pourquoi est-elle partie? etc."
Le marchandage:
La personne tente de gagner du temps avant de sentir l'absence du défunt. Elle vit dans l'espoir de remonter le temps tout en sachant que c'est impossible. Cette phase dépend de l'état psychologique, du tempérament, des croyances de l'individu.
La dépression:
L'absence va être ressentie plus intensément et une grande fatigue va s'installer. La personne réalise que le défunt ne reviendra plus. Cette 4ème étapes peut durer des mois voire des années. Elle n'est pas pathologique et n'est pas une régression dans le deuil.
L'acceptation:
Aussi appelée résilience. C'est la capacité à rebondir en acceptant de vivre avec cette perte, à construire de nouveau et à se projeter dans l'avenir. La personne peut parler du défunt sans souffrance et pleurs lorsqu'elle fait appel aux souvenirs.
Jolie histoire, n'est-ce pas? Vous pouvez trouver l'article dans lequel j'ai sélectionné ces propos ici.
La vérité, c'est que les gens ont tendance à croire qu'il suffit de passer ces étapes et qu'au bout d'un moment, la boucle sera bouclée, l'affaire sera classée. J'ai aussi fait partie de ces gens. Lorsque j'ai compris que ma mère allait nous quitter, je m'étais fait un "plan d'attaque" afin de me sortir de ces étapes du deuil. J'avais tellement tout bien planifié que j'envisageais d'arriver à l'étape n°4 d'ici quelques mois après sa mort, le plus tôt était le mieux. Et puis j'ai réalisé que le deuil n'était pas le genre de gars avec qui on fixe des rendez-vous. "Oui, bonjour, vous voulez arriver au terme du palier "colère" avant le 15 mai? Mais avec plaisir, soyez prête vers 14h45.." La vérité, c'est que ça ne marche pas comme ça.
Ca ne marche pas comme ça du tout.
Il en est de même pour ces étapes et leur ordre. Chaque personne est différente et, par conséquent, ne réagit pas de la même manière. Chaque étape peut commencer en ordre complétement aléatoire. Un pallier n'est jamais passé de manière perceptible, car un deuil fait aussi appel à de nombreux retours en arrière. Et les étapes se juxtaposent très facilement. Un deuil peut être fait rapidement, mais il ne faut pas se voiler la face, il peut être aussi bien long.
Ce que j'essaye de faire passer comme message, c'est ceci:
- Ne considérons pas qu'un deuil est un rendez-vous à prendre.
- La patience est une vertu. Que ce soit pour la personne qui est en deuil, ou que ce soit pour la personne qui l'accompagne.
- Des sentiments mélangés, en contradiction peuvent découler de cette épreuve, mais ce sont des réactions normales. C'est nécessaire.
- Il ne faut pas hésiter à prendre son temps pour faire ce qu'on a à faire, dire ce qu'on a à dire. Si les autres ne comprennent pas ce type de souffrance, il ne faut pas leur en vouloir. Il faut juste.. avancer à son propre rythme.
- Le chemin d'un deuil est très enrichissant pour celui qui le traverse. On apprend des tas de choses sur soi qu'on ne soupçonnait pas avant. Sur le moment, on a le sentiment que c'est plutôt l'inverse, mais quand on sort du tourbillon, on se rend compte de toutes ces choses qu'on avait pas remarqué sur soi.
- Il y a de la lumière au bout du tunnel. Je promet.
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